[TÉMOIGNAGE] – Antoine pour Ithaque Paris

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Antoine Guo, ancien du lycée de Hongkong, nous a partagé un très beau témoignage suite à l’attentat du 13 novembre.

Je suis abattu par les événements tragiques d’hier. Complètement abattu. Physiquement. Moralement. Je me sens épuisé, vidé, je n’arrive plus à réfléchir. Et depuis ce matin, je tremble. Ça ne m’est jamais arrivé de trembler comme ça. Je tremble d’effroi, de colère, de tristesse, mais surtout, et je n’ai pas honte de l’avouer, je tremble de peur.

Le pire dans cette histoire. C’est que je ne suis même pas à Paris. Je suis les événements de l’autre bout du monde en Californie, où il fait beau et chaud et la plupart ne comprend pas ce qui se passe.

À 14h30, j’ai reçu mon premier coup. “Eh man, il y a eu un attentat à Paris!” – “Mais non… »
Difficile d’y croire. Scepticisme. Alors avec les copains français d’ici, on allume TF1 sur internet, tout en gardant en fond de vidéo le match de foot France-Allemagne. En fait si c’était vrai.
Les minutes défilent, et à chaque nouvelle info c’est de pire en pire. J’encaisse coup sur coup. Crochet droit. Coup de genou. Uppercut. Complètement sonné, j’encaisse car je ne peux rien faire. Spectateur d’une pièce tragique pour laquelle je n’ai pas payé.

J’utilise tout mon crédit Skype pour appeler autant de copains que je peux à Paris. Tous ceux que je connais sont sains et saufs. Et ma sœur qui m’apprend qu’elle était à deux pas du Carillon…
Bilan, je suis K.O. Knocked Out. Impossible de faire quoi que ce soit. J’ai la gorge nouée, le coeur qui bat un peu trop fort, les mains qui tremblent.

Alors avec un copain on est parti pour le weekend. Pour se distraire l’esprit. Pour ne pas rester deux jours scotchés devant Facebook, twitter et autres réseaux sociaux. On a travaillé comme des fous, mais à chaque fois que j’entendais la mention “PARIS”, mon visage se décomposait. Ce foutu tremblement qui revient.

Mais pourquoi ça m’a autant affecté bordel?
Ces 130 personnes qui sont parties, j’en connais aucune. Oui ça aurait pu être moi, et oui ça aurait pu être mes amis, mais ça ne l’a pas été. Les gens meurent tous les jours. C’est moche à dire, mais d’habitude je m’en fous presque. Alors pourquoi je tremble encore?

J’ai réfléchi un peu, et je pense avoir compris.
Hier, on a attaqué des innocents. Certes, mais ce ne sont pas les innocents qui ont été pris pour cible, mais tout Paris. Hier, on a attaqué Paris. On a attaqué tout ce qu’elle représente.
Culture. Bon vivre. Liberté.
La plus belle idéologie, tout ce qu’il y a de mieux dans la vie, tout est à Paris.
Et putain qu’est ce que j’aime cette ville.
Putain Paris, qu’est ce que je t’aime.

J’ai tremblé et je tremble encore.
De peur que Paris ait reçu un trop gros coup.
De peur que Paris ne réussisse pas à se relever.
De peur que Paris soit à jamais défigurée.

Mais c’est exactement ce qu’ils veulent, ces méchants.
Ça a été dit et redit, et je le répète encore une fois : montrons leur à ces enculés. Montrons leur ce que c’est que d’être libre. Montrons leur qu’Hemingway avait et aura toujours raison. Montrons leur qu’ils se sont complètement foirés. Qu’ils veulent déclencher bigotisme, amalgames, et haine raciale. Mais à voir tous les messages de solidarité venant du monde entier, je me dis qu’ils se sont vraiment bien foirés.
Je regarde de loin ce qui se passe. Je suis ému par cette solidarité. Et j’ai confiance en nous.

Montrons leur à ces méchants : balançons les canons à fleur.

À Ithaque, nous aimons Paris. D’ailleurs on en a fait notre mission: que chacun de vous l’aime autant que nous. Alors préparez vous pour les prochains événements. Cette fois-ci on va pas déconner. Hemingway pourra être fier de nous.

« Paris est une fête. »