Les tirages

ITHAQUE défend une éthique du tirage photographique qui s’inspire largement du travail fait en 1982 par l’Association pour la défense et la promotion de la photographie originale (APO) afin de protéger l’art du tirage, art indissociablement lié à la pratique de la photographie avec un savoir-faire spécifique.

Vous trouverez ci-dessous les définitions de ce savoir-faire et les règles associées dans ce texte de référence écrit par les membres fondateurs de l’APO (plusieurs galeristes, dont Agathe Gaillard et Françoise Paviot, ainsi que Pierre Cornette de Saint-Cyr) :

Qu’est-ce qu’une photographie ?

Aujourd’hui c’est généralement une image sur papier photographique industriel (au bromure ou au chlorobromure d’argent) ou artisanal (les firmes photographiques ayant abandonné la fabrication d’émulsions positives non argentiques comme le papier au charbon, au platine, au palladium, etc, des photographes retrouvent des formules anciennes pour émulsionner eux-mêmes leurs papiers)

Le vocabulaire utilise beaucoup de mots pour designer la photographie-image multiple : photographie, épreuve, tirage, positif, agrandissement, contact, image multiple qui s’oppose  à l’image unique, généralement un positif direct (obtenu sans la matrice du négatif) comme l’étaient le daguerreotype, le ferrotype, l’ambrotype, et comme l’est aujourd’hui le polaroid. (Toutefois il existe certain type de polaroid noir et blanc à négatif récupérable). On peut encore signaler certaines photographies obtenues sans négatif : les photogrammes (Man Ray, Schad, etc ) et les chimigrammes (Sudre, Cordier).

Pour la photographie en couleur, on distingue plusieurs procédés de tirages, qui présentent des espérances de conservation variables : le tirage RC (resine coated), le Cibachrome, le dye-transfer, le tirage au charbon Fresson. Il y aussi des mises en couleur de photographies noir et blanc, soit par chimie (virages et oxydations) soit par application manuelle de colorants.

Qu’est-ce que le négatif ?

Après la prise de vue, l’image latente devient « négatif » lors du développement . Le format du négatif est lié au format de l’appareil photographique : on parle, par exemple, de 24×36 mm (les américains disent 35 mm), de 6×6 (cm), de 4×5 (inches, c’est-à-dire 10×12,5 cm), de 13×18 (cm), de 20×25 (cm), etc .

Le support du négatif peut être du papier (calotype, papier ciré, etc ) une plaque de verre, ou comme aujourd’hui un film souple (triacetate de cellulose ou polyester). Sur le négatif, les ombres du sujet sont traduites par des valeurs claires et les hautes lumières par des zones sombres : on dit que la « gamme des gris » est inversée, ou en négatif . Tant qu’il n’existe pas de tirage, le négatif ne reste qu’une intention.

Qu’est-ce que le tirage ?

Le tirage, c’est  l’opération qui va permettre d’obtenir à partir du négatif, un ou plusieurs positifs en inversant la gamme des gris (du négatif) pour retrouver les valeurs du sujet. Le mot tirage désigne à la fois le résultat et l’opération qui, de nos jours, se pratique généralement au laboratoire à l’aide d’un agrandisseur. Un tirage n’est pas toujours un agrandissement . Il peut être une réduction. Il peut aussi être effectué par contact (le négatif étant maintenu en contact avec la papier sensible).

Dans le cas des contacts, le négatif et le positif ont alors une taille identique . Il faut distinguer :

  • Les contacts qui engendrent une épreuve d’exposition, d’après généralement des

négatifs de moyen ou grand format (ex. Sudek, Weston )

  • Des planches de contact des négatifs de tous formats (au seul usage du photographe) comme référence d’un système d’archivage et outil de première lecture des photographies. Le négatif peut être comparé à une partition de musique car le travail du tireur est celui d’un interprète, l’auteur du négatif étant alors considéré comme le compositeur .

Une épreuve de lecture est un déchiffrage ; un tirage définitif est une interprétation aboutie, voire magistrale  (les américains parlent de « master-print »). Un compositeur d’images n’est pas toujours un virtuose du tirage. En revanche, il existe de (très) bons interprètes qui ne seront jamais de grands compositeurs. Une photographie peut être complètement modifiée par le tirage (certaines valeurs peuvent être accentuées ou éclaircies sur toute l’image ou partiellement) . C’est beaucoup plus délicat que le simple réglage, en contraste et en densité, d’un téléviseur.

Il ne faut pas confondre :

– Épreuve de lecture : tirage souvent sans finesse qui permet aux photographes de préciser le choix déjà fait sur les contacts, entre une image et une autre, d’étudier un éventuel recadrage et d’anticiper la mise en valeur des gris du tirage définitif.

– Tirage de presse : destiné comme son nom l’indique à la page imprimée et qui, à cause des modalités techniques de la photogravure, est généralement plus gris, c’est-à-dire moins contrasté qu’un tirage définitif d’exposition. Aujourd’hui, les photographes fournissent délibérément pour se prémunir contre le vol ou le risque de confusion avec des épreuves d’exposition, des tirages de presse à conservation précaire.

– Tirage définitif, ou photographie originale : il n’a de destination que son existence de tirage. Il est contrôlé et reconnu par le photographe qui a décidé du format, du cadrage de l’image, qu’il en ait effectué ou non le tirage. Un tirage original doit toujours être signé lorsque son auteur est vivant .

Qu’est-ce qu’un tirage d’époque ?

Le tirage d’époque, dit aussi « vintage », est contemporain de la prise de vue . Il ne faudrait pas le confondre avec une épreuve de lecture, fut elle d’époque, qui ne reste dans la plupart des cas qu’un brouillon . Le tirage d’époque n’est pas toujours un tirage définitif d’époque .

Qu’est-ce qu’un tirage original ?

C’est dans la plupart des cas un tirage ultérieur effectué à partir du négatif original longtemps après la prise de vue, par le photographe lui-même ou sous son contrôle. Parfois il n’existe pas de tirage d’époque : quand le tirage définitif d’époque a disparu (détruit ou perdu) ou quand le photographe redécouvre bien des années plus tard une image qu’il n‘avait jamais tirée. Il peut donc exister de la même image des tirages différents suivant l’époque du tirage ou les différents interprètes . Il est souhaitable que le nom du tireur, et la date de son exécution soient indiqués au dos du tirage .

Qu’est-ce qu’un contretype ?

Le contretype ou reproduction est obtenu à partir d’une épreuve photographique re-photographiée . Sa matrice n’est pas le négatif original de prise de vue qui a été perdu ou détérioré. Certaines réalisations des photographies passent obligatoirement par un contretype : le cliché original étant recomposé (superposition, collages, interventions au crayon, etc.) le second négatif devient le négatif définitif . Ce procédé est dans ce cas, un élément nécessaire de la création .

Qu’est-ce qu’un retirage ?

C’est un tirage original exécuté après la mort de l’auteur par le possesseur des négatifs. C’est toujours une interprétation, hors du contrôle du photographe, et leur qualité dépend du talent du tireur.

La limitation des tirages

Trois cas se présentent :

–  certains photographes ne numérotent pas, ni ne limitent et se contentent de faire des tirages à mesure de la demande, se réservant d’interrompre leur production quand ils le désirent.

– d’autres photographes ne limitent pas, mais numérotent leurs tirages, 1er, 2ème, 3ème, etc

– d’autres décident du nombre maximum de tirages qui seront faits : les plus fréquents sont 15,25 ou 50) et  les numérotent 1/25, 2/25, etc, ce qui ne signifie pas que tous les tirages prévus seront faits, c’est seulement une quantité maximale.

Il faut savoir qu’un négatif est fragile et que le tirage d’une photographie se fait actuellement d’une manière artisanale quand il s’agit de beaux tirages : le tirage est effectué manuellement, pièce par pièce : on peut dire que chaque tirage est unique.

L’APO a pour mission de faire respecter les règles qui protègent l’intégrité du marché de la photographie, et par conséquent les photographes et les collectionneurs.

Ces règles sont nées logiquement de la nature même de la photographie.